A sec

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Sec

Alors non, ce n’est pas bien nouveau. La bouteille d’eau sur le bureau, bien en vue, pour ne pas oublier de boire, ça fait bien longtemps qu’elle est là. Cela fait déjà quelques années que j’ai pleuré, littéralement, toutes les larmes de mon corps. Pas de suspense, donc, sur le diagnostic, juste des mots posés sur l’inconfort, la fatigue, et désormais les douleurs du quotidien, et la confirmation par la médecine que mon corps s’en veut à lui-même et travaille dans l’ombre pour s’auto-détruire, sans espoir de réconciliation durable. Ce qui n’est pas bien malin, il faut bien le dire, mais tout-à-fait attendu dans le contexte général.

Et à part marquer les mots noir sur blanc, on fait quoi ?


Dazed & confused

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Les deux dernières semaines ont été gommées de mon espace-temps, juste comme ça. Les médicaments se sont chargés de finir le travail entamé par l’infection, et les jours se sont traînés, enchaînés, comme une seule entité floue, avec la désagréable impression de ne jamais vraiment me réveiller. Flottants.

Encore 2 jours de traitement avant de revenir dans le monde des vivants. J’ai un tout petit peu hâte.

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A sort of homecoming

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Avec Paris, c’est un truc spécial, précieux. On ne pourrait probablement plus vivre ensemble sans très rapidement se bouffer le nez, et se quitter fût salutaire pour notre relation. Mais il y a ce truc, et à chaque fois que je reviens on retombe aussitôt dans les bras l’un de l’autre, et à chaque fois c’est un peu magique.

Instantanément je retrouve mes repères, mais Paris a changé et moi aussi. Pas besoin de réfléchir pour que mes pas me mènent aux lieux mille fois parcourus, tandis que j’assimile tous ces subtils glissements de terrain qui font que ce n’est plus tout à fait pareil. Ni mieux, ni moins bien. Ni fondamentalement différent, ni exactement le même. Je me glisse avec délectation dans cette nouvelle relation qui sait allier tous les avantages, le confort des bras d’un vieil ami qui me connait par coeur, et l’excitation de la découverte. Ce n’est plus ma ville, mais j’aime vérifier qu’elle m’appartient toujours un peu, que j’y serai toujours un peu chez moi.

Quand il est temps de repartir, que je regarde avec tendresse les péniches sur la Seine par la vitre du métro aérien, je sais que Paris ne va pas me manquer. Cette boule dans la gorge, ces larmes qui montent, ce n’est que parce que j’aurais voulu rester un peu plus longtemps à tenir la main de ceux que j’y aime, avant de repartir. Home.

You see
I’m riding endlessly
What will become of me
This higher power knows

You see
I’m waiting patiently
And what this means to me
Nobody ever knows

You see
In all the warmth I feel
Is this the end of me?
Only I should know

(A Noise Severe – The Gathering)

 


Blanche

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Ils sont deux dans la chambre, deux petits à la gorge gonflée qui ronflent et grognent dans leur sommeil. Deux perfusions aussi, avec leur percussion entêtante comme la ligne de basse d’une chanson qui ne démarre jamais, drip drip drip drip drip en canon, entrecoupée d’un soupir de la machine toutes les minutes. A ce fond sonore continu se rajoutent les motifs isolés : les notes aiguës et brèves des infirmières dans le couloir, le tintement des instruments qui s’entrechoquent sur les chariots, la plainte en sourdine d’un enfant un peu plus loin, le timbre soudain de la perfusion qui s’affole, les réveils en fanfare de l’un ou l’autre des petits.

Dans mon fauteuil d’orchestre, la nuit est blanche, comme une note tenue trop longtemps.


Une heure

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Cette nuit, une heure de plus, de quoi l’occuper…

 

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Cahier d’écrivain

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Dans la classe de la Petite Mademoiselle Monstre, les enfants tiennent un « cahier d’écrivain » : le vendredi, ils rédigent tous ensemble un résumé de la semaine qui vient de s’écouler, qu’ils illustrent avec des dessins et des collages. Ils emportent le cahier à la maison, et le dimanche soir, sur la page d’en face, ils font un dessin et gribouillent quelques mots sur un évènement de leur week-end, afin de pouvoir en parler en classe le lundi suivant.

La Petite Mademoiselle Monstre est enthousiaste. Depuis le début de l’année, tous les dimanches soirs, elle porte une grande attention à ce qu’elle veut « raconter », à comment elle veut le raconter. Hors de question pour elle de décrire deux fois la même chose, ni même des évènements qui se ressemblent : il faut faire original, et beau. Hors de question également d’enjoliver la réalité, elle m’a déjà demandé plusieurs fois de prendre des photos, non pas pour les coller mais pour s’en servir comme modèle pour son dessin.

On a passé une nouvelle étape ce week-end, où dès le samedi matin elle voulait savoir ce qu’on allait faire, pour savoir ce qu’elle allait pouvoir mettre dans son cahier.

La nouvelle génération de blogueurs s’installe.

 


Et s’assurer qu’on n’a pas perdu la main…

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…C’est à Gand, forcément, que ça se passe, indépendamment de tout jeu de mot pourri.
Gand qui m’accueille, semble-t-il, à chaque période de (re)construction, et où je retrouve mon chemin dans des rues où je n’ai jamais mis les pieds comme si j’y avais toujours habité. Probablement qu’il y a là quelque chose à méditer, mais ce n’est pas l’objet.

Vérifier, donc, que la mécanique fonctionne toujours. Traverser la ville sous la pluie pour assouvir un caprice au goût d’épices, la retraverser dans l’autre sens en se brûlant les mains sur le carton trop chaud. Répondre en anglais aux questions en néerlandais, sans l’ombre d’une hésitation. Sourire toute seule.
Et puis ensuite, s’engouffrer dans la demi-obscurité, laisser le corps guider, se coller contre la scène sans avoir à réflechir, retrouver sa place comme par réflexe, devant mais pas tout à fait au centre, on voit mieux sur le côté.

Et c’est reparti, comme si ça ne s’était jamais arrêté, ou peut-être même mieux que si ça ne s’était jamais arrêté. Après cinq ans un peu étouffées, les cordes se remettent à vibrer de concert.

Alors enfin on peut reprendre la route pluvieuse avec le sourire qui ne veut plus partir et le coeur qui a doublé de volume, portée par la satisfaction que la machine marche toujours, qu’il suffit de.

Et juste comme ça, après des tours, des détours et des retours ratés, quelques années de fuites en avant et de faux-fuyants, un peu en avance sur Halloween, les Monstres sont de retour.

Life goes on, it’s true,
Lately, I miss you
Lately’s all I know,
Lately’s all I know.