De l’importance du choix
La dernière fois, elle était jeune, fraîche et jolie. Des yeux qui pétillaient, un chignon d’où s’échappait une mèche bouclée qui dessinait une arabesque sur son épaule. Elle m’avait dit bonjour avec un gentil sourire. Ses gestes étaient précis, mesurés, rassurants. Efficace, aussi : ça n’avait pas duré longtemps.
Cette fois, c’était tout le contraire. Plus très jeune, vraiment plus très fraîche, carrément pas jolie. Les yeux éteints, des cheveux coupés trop courts qui faisaient ressortir ses joues bouffies. Elle s’est rappelé qu’il fallait me dire bonjour au dernier moment, quand elle m’a aboyé d’entrer dans la pièce. Elle se déplaçait approximativement, bousculant les meubles et les objets sur son passage. Elle a dû s’y reprendre à trois fois, ça a duré un temps fou.
Ce serait quand même bien si au laboratoire, on pouvait faire comme chez le coiffeur et choisir la personne qui s’occupe de vous. Là, par exemple, ça m’aurait évité d’avoir un bras d’héroïnomane juste pour une petite prise de sang de rien du tout.