Epiphanie. Sauf que non. Non, désolée, mais non.
J’arrive dans la boutique de Farida, et comme j’en ai pour un moment et que la boutique est surchauffée, je déboutonne mon manteau. Farida s’approche l’air de rien, jette un oeil inquisiteur entre les pans de mon manteau.
- “Mais, tu es enceinte, toi ?”
J’hésite entre m’offusquer et rire, mais comme je suis décidément difficilement offuscable, je ris. Un peu jaune, peut-être, mais je ris.
- “Ben, non, pas aux dernières nouvelles.”
- “Ah, mais c’est ton pull qui fait ça.”
Bon, c’est vrai, mon pull est un peu large, et j’ai trois couches de foulards, châles et manteau par dessus. Et je n’ai vraiment, vraiment pas envie de m’offusquer. Donc admettons la thèse de l’illusion optique d’origine vestimentaire.
…
Un peu plus tard, la même Farida me raconte sa jeunesse en Kabylie, et m’explique que là-bas, tout le monde la trouvait moche parce qu’elle était trop maigre. Question de culture, là-bas ils aiment que les femmes aient des formes opulentes.
- “Surtout les bras, et les jambes, précise-t-elle. Là-bas ils aiment que les femmes aient de grosses jambes, tu vois. Ou alors des jambes comme les tiennes, tu vois, là-bas ils les trouveraient super belles…”
Euh oui Farida, d’accord, j’ai dit que je ne m’offusquais pas, mais là ça fait pas un peu beaucoup ? Le ventre d’abord, maintenant les jambes ? En même temps, je comprends ce qu’elle veut dire, enfin j’espère, et elle se rend compte qu’elle n’a peut-être pas formulé ça comme il fallait:
- “Enfin d’ailleurs elles sont belles tes jambes, hein, c’est pas ça que je voulais dire ! Au contraire, c’est pas deux petites cannes maigrichonnes, tu vois le genre…”
…
Eh bien non, malgré tout ça, je ne me sens pas éléphantesque. Et demain je mets une jupe pour montrer que je n’ai pas deux petites cannes maigrichonnes, mais bien de belles jambes voluptueuses.
Euh.
Enfin on verra suivant la température…